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Conseil d'un vieux camarade

Voici, pour la première fois, la chronique "Conseil d'un vieux camarade" où Cause Commune se réfère à unE camarade faisant partie de l'histoire du mouvement anarchiste pour répondre à certaines de vos interrogations. Que ce soit sur l'actualité sociale, les conflits internationaux, les idées politiques ou les problèmes quotidiens, les anarchistes (même ceux et celles qui sont mortEs!) ont des réponses pour vous.

Vous pouvez demander un "Conseil d'un vieux camarade" en écrivant à mtl@nefac.net ou par la poste à : Cause Commune, BP 32018, CP St- André, Montréal, Canada, H2l-4Y5

Pour cette première chronique, ce sera Errico Malatesta, anarchiste italien, qui nous donnera conseil. Malatesta fut très influencé par les idées insurrectionnelles au début de sa vie, mais fit un passage à la tendance communiste libertaire après l'échec de quelques insurrections auxquelles il avait participé. C'est à ce moment qu'il reconnaîtra la nécessité de former une organisation politique spécifiquement anarchiste pour participer de façon efficace et coordonnée aux luttes sociales de la classe ouvrière. En 1920, Malatesta fut chargé par l'Union Anarchiste Italienne (U.A.I.) d'écrire une "Déclaration de Principes". Ce texte, qui a été basé sur d'autres écrits du même type par Malatesta antérieurement dans sa vie, devint l'influent Programme Anarchiste. Malgré son adhésion à une tendance organisationnelle de l'anarchisme,

Malatesta a été critique de la Plateforme Organisationnelle des Communistes Libertaires rédigée en 1926 par un groupe de révolutionnaires exilés de la Russie, Dielo Trouda, dont faisait partie Nestor Makhno. Dans l'ensemble de sa vie, Malatesta fut un anarchiste des plus actifs, tant dans la production de propagande que dans sa participation sur le terrain des luttes et ce, malgré la répression de l'état italien qui était à son plus fort durant le régime de Mussolini. Le périodique pour lequel il a le plus écrit, Umanità Nova, existe encore aujourd'hui comme l'organe de la Fédération Anarchiste Italienne (F.A.I.). Étant donné que ceci est le premier numéro de Cause Commune, nous ne traiterons pas d'une interrogation spécifique d'unE lecteur-trice, mais plutôt nous allons (avec Malatesta!) répondre à une question qui nous a été posée constamment depuis la création de la NEFAC en 2000. Pourquoi l'organisation? Ou plus précisément, pourquoi l'organisation anarchiste? Anarchie et organisation ne sont-ils pas deux concepts contradictoires?

Selon Malatesta :
"Il suffit de voir ce qui c'est toujours passé entre nous : moins nous sommes organisés et plus nous nous sommes retrouvés soumis à la volonté d'un individu. Et il est naturel qu'il en soit ainsi... Donc, bien loin de créer l'autorité, l'organisation est la seule solution contre l'autorité et la seule manière de faire en sorte que chacun d'entre nous s'habitue à prendre une part active et consciente au travail collectif et cesse d'être un instrument passif dans les mains des chefs... Mais, nous dit-on, une organisation, cela suppose l'obligation de coordonner sa propre action avec celle des autres, ce qui viole et entrave l'initiative. Il nous semble, à nous, que ce qui prive réellement la liberté et rend l'initiative impossible, c'est l'isolement qui réduit à l'impuissance. La liberté n'est pas le droit abstrait, mais la possibilité de faire quelque chose: c'est vrai pour nous (anarchistes*), et aussi pour la société en général. C'est dans la coopération avec les autres que nous trouvons la raison d'être de notre activité et de notre pouvoir d'initiative**."(1)

*note de Cause Commune
**La dernière phrase a été changée. Le 'nous' remplaçons 'les hommes'.

Selon la NEFAC :
Anarchie et organisation ne sont que deux termes contradictoires si l'on se base sur une interprétation faussée de ce qu'est l'anarchie. Les milieux académiques en ont fait un idéal abstrait qui sert plus à faire de la gymnastique philosophique que d'amener une compréhension du capitalisme et de comment s'y opposer. Les milieux contre-culturels en ont fait une éthique de vie, certes attrayante pour certainEs, mais impraticable pour l'ensemble de la société, ce qui a causé sa marginalisation. Une lecture claire de l'histoire du mouvement anarchiste*** démontrera qu'au contraire, anarchie et organisation ont toujours été liées et que l'anarchisme a joué un rôle significatif dans des bouleversements de l'organisation sociale, que ce soit lors de la Commune de Paris, durant la Révolution russe ou au moment de la Guerre civile espagnole.

Depuis 2000, les militantEs de la NEFAC se sont regroupéEs sous une plateforme commune pour élaborer des stratégies d'implication collective dans des luttes que nous jugeons importantes pour construire des pouvoirs populaires. Ce sont les luttes du travail, de la communauté et de l'immigration. Même si elle est imparfaite, notre organisation anarchiste a été en mesure d'avoir un certain impact sur ces luttes, chose qui aurait été impossible si l'on avait continué à militer dans l'isolement.

***Voir 'Ni dieu, ni maître' une anthologie de l'anarchisme de
Daniel Guérin
1) L'Agitazione, 11 juin 1897